Solidaires affirme sa position abolitionniste

vendredi 21 novembre 2014
par  comm-fem

Lors du dernier congrès de Solidaires, qui a eu lieu en juin dernier à Dunkerque, la position abolitionniste de Solidaires vis à vis de la prostitution a été clairement actée dans la résolution « Égalité femme-homme, un enjeu syndical ».

La prostitution est un fléau. Elle constitue une des formes les plus violentes de l’oppression des femmes particulièrement révélatrice de la domination masculine. C’est le reflet des rapports encore archaïques entre les hommes et les femmes. La majorité des prostitués sont des femmes et la quasi-totalité des clients sont des hommes. Et même lorsque des hommes se prostituent, les clients restent des hommes.À part de rares exceptions, elle est toujours subie et la conséquence d’une histoire difficile(viols et incestes à exorciser, violences conjugales, chômage, pauvreté…). Elle détruit les personnes qui l’exercent et a les mêmes conséquences que le viol sur leur santé mentale et physique. Elle est source de violences (coups, tentatives de meurtres, séquestration, mépris de la population).

Les différentes solutions envisagées dans le monde :

• Le prohibitionnisme : le prohibitionnisme considère la prostitution comme un délit. Ce système, en vigueur dans certains états américains et au Canada (le Canada est en train de pencher sur une loi abolitionniste), pénalise tous les acteurs de la prostitution : la personne prostituée, le proxénète et le client. Bien sûr, la sanction ne s’abat pas aussi fortement sur les uns que sur les autres. Nous considérons que la législation prohibitionniste ne supprime pas la prostitution mais la repousse dans la clandestinité ce qui rend la vie des personnes prostituées plus dangereuse encore.
• Le réglementarisme : le réglementarisme considère la prostitution comme « un mal nécessaire » qu’il faut canaliser et que les pouvoirs publics doivent contrôler, comme en Allemagne et en Hollande. Elle est soumise à des lieux, des horaires et des obligations sanitaires. Les tenanciers d’établissements sont considérés comme des entrepreneurs
comme les autres ; les communes et le fisc encaissent les dividendes. C’est le règne des Éros Center où les femmes sont en vitrine.
• L’abolitionnisme : le système abolitionniste considère la prostitution comme une forme d’esclavage dont il faut libérer les femmes. Il refuse toute réglementation de la prostitution (fichier, maisons closes, contrôle, etc…). La prostitution est une activité libre qui n’est pas considérée comme un délit, au contraire du proxénétisme qui est criminalisé. Ce système s’appuie sur la Convention de 1949 de l’ONU « pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui » dont 140 pays sont signataires, dont la France et l’Italie. La plus grande partie des associations féministes est abolitionniste.

Solidaires est donc abolitionniste et cela passe par :

• Un plan d’urgence pour les personnes voulant se libérer du système prostitutionnel afin de leur assurer une alternative fiable ;
• L’abrogation de la Loi sur la Sécurité intérieure et notamment les articles 18 (racolage passif) et 76 (dénonciation des proxénètes par les étrangères contre des papiers) ;
• Un titre de séjour pour les personnes étrangères soumises à l’exploitation sexuelle ;
• La mise en place d’un numéro vert d’aide aux personnes en situation de prostitution, indépendant de l’état, avec des écoutantes formées et qualifiées ;
• La création de lieux d’accueil où leur protection pourrait être assurée ;
• L’accès effectif des personnes prostituées à tous les droits universels : accès aux soins, droit au logement, CMU, minimum vieillesse, RMI, droit à la formation, à l’inscription à l’ANPE, droit aux formations de longue durée rémunérées, qualifiantes et diplômantes ;
• La criminalisation du proxénétisme : le seul fait de tirer profit de l’exploitation sexuelle d’autrui, même sans d’autres violences, même avec son consentement, doit être passible de la cour d’Assises. Il n’est pas supportable que les proxénètes soient condamnés moins lourdement que les faux-monnayeurs ;
• La confiscation des biens provenant de l’exploitation sexuelle pour les consacrer à l’aide aux personnes prostituées ;
• Une véritable politique de formation et d’éducation à la sexualité, dans le respect de l’autre, avec des campagnes de sensibilisation et d’information au plan national ;
• Un débat national sur la responsabilité du client.

Pourquoi ai-je choisi de parler de la prostitution dans le Pied de la lettre ? Outre le fait que ce soit un sujet qui me tienne à cœur de part mon implication pour la cause des femmes, cet été j’ai assisté à une conversation d’un autre monde entre un interne d’anesthésie de Rangueil et le chirurgien qu’il avait au bout du fil :
« J’ai réussi à te caser ton opération demain, tu me devras une pute à la Jonquère. » Mes oreilles et celles des collègues présentes ont littéralement saigné d’entendre cela.
Comment un-e soignant-e qui sera peut-être amené-e un jour à devoir « réparer » un-e prostitué-e peut-il dire cela ? Il est plus que temps que les mentalités évoluent. Les prostitué-e-s ne sont pas des marchandises qu’on achète et qu’on jette. Derrière il y a une mère, une sœur, une fille, une femme, et avant tout un être humain (ou un père, frère, fils, homme)
Différents rapports sur la prostitution constatent qu’aujourd’hui, les pays qui ont mis en place la légalisation sont totalement dépassés, la police ne peut rien contre les proxénètes et les réseaux, et les personnes prostituées n’ont plus aucun recours ou n’osent plus porter plainte, dès lors que leur activité est déclarée. En parallèle, il y a toujours une demande très forte pour une prostitution illégale, et la prostitution clandestine n’a pas du tout diminué, bien au contraire.
De plus cela a entraîné une dégradation de l’image des femmes en général : ainsi du côté de la Jonquère, où notre cher interne a l’air d’assouvir ses fantasmes, les citadines osent de moins en moins sortir en jupe ou le soir de peur qu’une voiture s’arrête pour leur demander combien : « c’est combien ? ». Une mini-jupe s’associe à « pute »
A contrario, le système suédois avec l’abolition de la prostitution et la pénalisation du client a vu la prostitution de rue fortement diminuer depuis 12ans. Et surtout, les mentalités ont changé. Pour plus de 70% des Suédois-es (et ce chiffre est toujours plus élevé chez les plus jeunes), acheter un acte sexuel, donc exploiter une personne humaine, ce n’est pas possible. Et contrairement aux idées reçues cela n’a pas fait augmenter le nombre de viol et les prostitué-e-s osent porter plainte quand les clients sont violents. Les proxénètes y sont lourdement condamnés et préfèrent aller sévir ailleurs. Cela n’a pas rayé la prostitution de la Suède. Elle y est toujours présente, mais petit à petit les mentalités changent et la prostitution n’est plus considérée comme « normale », « indispensable » ou comme « le plus vieux métier du monde ».
Voilà pourquoi, j’étais fière et émue quand en juin dernier cela a été acté au congrès de Solidaires, et quand la résolution sur l’égalité femme-homme est passée à plus 90 % des voix et qu’ensuite nous nous sommes toutes levées pour chanter l’hymne des femmes.
Julie Ferrua, pour Sud Santé Sociaux et la Commission Femmes de Solidaires 31.



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